Les Lys de madrigaux - La Méditerranée - Ohana/Dayer

Les Lys de madrigaux - La Méditerranée - Ohana/Dayer

Selon l’historien Fernand Braudel, la Méditerranée constitue une civilisation à part entière, une aire culturelle cohérente malgré une grande diversité de relations, d’échanges, de rivalités . Elle est aussi malheureusement une source de conflits et de désastres humains. Berceau de notre culture, de nos mythes, de nos religions, elle constitue aujourd’hui plus que jamais un creuset de puissance créatrice et d’espoir.

Les Lys de Madrigaux de Maurice Ohana puisent à cette source mythologique méditerranéenne, et essentiellement dans le chef d’oeuvre que représente l’Odyssée d’Homère. Les figures féminines qui ont prêté leur nom aux différentes parties de cette magnifique oeuvre appartiennent toutes à ce monde. Calypso, la nymphe qui sauva Ulysse de son naufrage et le retint plusieurs années auprès d'elle, Circé, fille d'Hélios et de Persé, grande magicienne qui avait le don de transformer ses convives en animaux ou en monstres, Sappho, qui se jeta à la mer par dépit amoureux. Enfin les Parques, fileuses, qui présentées comme des sorcières ou des jeteuses de sorts, mesuraient la vie des mortels et tranchaient ainsi leur destin.

Cet univers, ces couleurs, la force et la violence de ce monde trouveront un nouveau regard avec le compositeur suisse Xavier Dayer. L’Ensemble Polhymnia lui a adressé une commande qui complétera le programme.

Sous la terre, des cris
pour 8 voix féminines, piano et percussion 

" La Méditerranée est aujourd’hui un lieu d’exil. Les souffrances ignorées se joignent à celles que nous découvrons jour après jour avec effroi. Cette pièce est une image des cris souvent assourdis d’êtres humains fuyant les guerres et la misère pour franchir la mer. L’œuvre est d’un seul tenant me faisant penser à un monolithe qui coule. Le texte chanté se compose de mots épars assemblés librement pour leurs sonorités et les images qu’ils m’évoquent. Les percussions et le piano apparaissent et disparaissent : le mouvement de l’eau qui recouvre."  Xavier Dayer

Ce concert permettra donc de goûter deux visions, deux univers sensoriels, celui de Maurice Ohana et celui de Xavier Dayer, liée à cette mer et à ses confins. L’Ensemble Polhymnia s’est associé pour ce nouveau projet aux magnifiques pianistes et percussionnistes de l’Ensemble Batida.

Sources : Christine Prost, Maurice Ohana et Fernand Braudel​

Nous remercions chaleureusement nos partenaires : 
Pour cette production, l'ensemble Polhymnia reçoit le soutien de la ville de Lancy, de la République et canton de Genève, de la Loterie Romande, de la Fondation Leenaards, l'appui de la ville de Genève - Département de la culture, , de la Fondation Henneberger-Mercier, de la Fondation UBS pour la culture, de Carigest SA. conseillère d'un généreux mécène, de la Fondation Nicati-de Luze et d'une fondation privée genevoise. Ce projet est réalisé en collaboration avec la Haute Ecole de Musique de Genève. 


Tribune de Genève, mercredi 23 novembre 2016 - Rocco Zacheo

La Méditerranée, un périple en musique
Contemporain
Les ensembles Polhymnia et Batida unissent leurs forces pour un concert placé sous le signe du «Mare Nostrum»

La Méditerranée comme bassin d’une civilisation à la culture millénaire inépuisable. Mais aussi comme théâtre où se consomment des tragédies contemporaines auxquelles l’Europe tourne ostensiblement le dos. De ce vaste territoire aquatique, de ses rivages bigarrés et de ses destinées si variées, les ensembles genevois Polhymnia et Batida ont tiré une thématique forte, qui irriguera leur nouveau projet musical, présenté ce dimanche à la grande salle du Conservatoire. 

L’aventure artistique en question intrigue à plusieurs titres. Elle consacre tout d’abord la première union entre deux formations qui opèrent depuis plusieurs années dans des domaines musicaux stimulants. Dirigé depuis 2002 par Franck Marcon, Polhymnia est un choeur féminin dont les quinze voix se tournent avec autant d’aisance vers le répertoire baroque et romantique que vers le contemporain. «Habituellement, les programmes de nos concerts prévoient une pièce inscrite dans le grand répertoire et une création », précise le chef de choeur. Quant à Batida et aux cinq membres qui le composent (deux pianistes et trois percussionnistes), il affiche une autre appétence artistique, puisqu’il est aussi actif dans le monde du théâtre, de la danse et de l’electro-rock. 

Le rendez-vous que donnent les deux ensembles intrigue surtout en ce qu’il permet de redécouvrir un compositeur français du XXe siècle tombé quelque peu dans l’oubli: Maurice Ohana. Fortement influencée par les langages musicaux du Maghreb et d’Espagne, marquée aussi par une position antagoniste face à l’avantgarde sérielle, son esthétique se laisse apercevoir à travers Lys de Madrigaux, au programme du concert. On entendra ici, dans cette pièce pour choeur, pianos, percussions et deux sitars, les voix féminines présentes dans l’Odyssée d’Homère.

Il sera aussi question d’une autre odyssée, celle tragique des milliers de naufragés qui ont tenté d’atteindre un jour l’Europe. Cette thématique inspire Sous la terre, des cris, pièce du compositeur Xavier Dayer. «L’oeuvre évoque, dans ses parties instrumentales, les images de bateaux qui coulent, tandis que les textes chantés sont formés par des mots épars», note le compositeur. Ancré à la fois dans la mythologie et la tragédie, ce périple musical est à suivre sans réserve.

 

 

Fiche technique : 

Ensemble Polhymnia  - 24 chanteuses

Ensemble Batida - 2 claviers et 3 percusionistes

Franck Marcon, direction

Dates de concerts : 

Dimanche 27 novembre 2016 à 17h à Genève
Grande salle du Conservatoire
Concert de saison #2
Réservations : polhymnia@gmail.com